J'ai parfaitement conscience que je ne sais pas grand-chose, malgré plus de cinquante ans de recherches très gourmandes en temps, mais j'essaie de faire partager mes connaissances. Beaucoup de gens ont regardé les estampes ou les livres sans se poser de question. Par exemple ils ne remarquent pas le geste d'un acteur de Kabuki (fig.1) que l'on retrouve aussi dans certains netsuke représentant Okame et qui veut dire que "un" homme ne lui suffit pas. Le Kabuki est, avec Chikamatsu, riche d'enseignement et l'on retrouve son influence dans les netsuke et les sagemono mais aussi dans de petites choses comme les Pochibukuro. Artistes et graveurs sur bois travaillaient ensemble afin de créer ces petites enveloppes pour mettre de l'argent, elles ont souvent des dessins originaux et humoristiques manifestant l'intention du donateur. Ce sont de véritables œuvres d'art qui reflètent un esprit ludique; c'est la prédilection des Japonais pour le raffinement et les petites choses qui est à la base de ces enveloppes. Elles ont connu un développement parallèle aux estampes et surimono, une sorte de culture visuelle ayant des liens étroits et esthétiques avec leur époque; elles étaient si belles et si artistiques que leurs destinataires avaient tendance à les garder précieusement. On peut se demander si elles ne sont pas un héritage des Otsu-e qui étaient très populaire à la fin du XVIIe. Il se peut aussi qu'elles se soient développées parallèlement aux Osame fuda, enveloppe de type ex-voto, (Fuda est un talisman de papier) où l'on mettait son nom et sa prière et que l'on collait sur une planche au temple car au nouvel an on visitait les temples et les sanctuaires. On faisait aussi des pèlerinages et la tournée de 33 temples dédiés à Kannon et l'on collectionnait les Senju Fuda.
En voici un exemple (fig.2) avec un escargot dont la bave écrit: ふた Futa (deux) ? Quelque chose qui ressemble à un visage et ita maru (いたまる)
Cette enveloppe (fig.3) est datée du 12 du 4e mois (Uzuki), les mois sont divisés en décades et il écrit que c'est le 2e jour de celle du milieu. Puis Seï, une formule d'humilité et son nom Amanaka et Sashi koto. (挿し事)
Voici un Pochibukuro (fig.4) pour distribuer des étrennes aux travailleurs du théâtre de Kabuki. Il s'agit de "Sukeroku", une pièce de Kabuki célèbre où Soga Goro cherche le meurtrier de son père au Yoshiwara.
Ume no haru est une chanson écrite par YOMO no Makado sur une musique de Kawaguchi
“Ake garasu” un drame mis en scène pour la première fois en 1851.
"Yasu-na" fait référence à Abe Yasuna et Kuzunoa dans une pièce de Kabuki : la femme qu'il aimait se suicide et il devient fou et parcourt la campagne vêtu du Kosode (kimono à manches courtes) de sa bien aimée et sauve un renard pourchassé (fig.5). Tout ça nous rappelle quelques sujets de Netsuke comme Asahina Saburo retenant Soga no Goro par son armure ou un renard avec un pinceau dans la bouche tenant un bébé et représentant Kuzunoa (fig.6) ce qui nous montre qu'il ne faut pas se cantonner au netsuke si on veut mieux les comprendre.
Les deux pochibukuro suivant furent peut être utilisé au Yoshiwara pour glisser de l'argent à une prostituée d'un des quelques vingt bordels de la rue des saules ( Yanagi machi). C'est fort probable pour le premier (fig.7) décoré d'une branche de saule et d'une chauve souris ainsi que d'un texte annoncent l'arrivée des chauve-souris et dans la partie rouge: Tanaka.
Le second (fig .8) est décoré d'une porte coulissante et d'un gros caractère "Kame" (tortue), un kanji auspicieux lié à l'exceptionnelle longévité des tortues, qui est aussi un prénom féminin, sur le shoji avec un petit caractère "Jo" ou Ona voulant dire femme. Et puis en y réfléchissant et en regardant bien ce Kanji il semblerait que le troisième trait soit celui du caractère "Bun" et dans ce cas Je ne comprends plus et je ne vois pas l'allusion mais peut être un de mes lecteurs pourrait me faire part d'une idée.
Si c'était le caractère "Jo" je dirais que c'est une enveloppe qui a dû être utilisé au Yoshiwara car elle nous fait irrésistiblement pensée à Okame. Le nom d'Okame est apparu sous les Ashikaga car une mikko, appelée Kamejo qui avait un visage en forme de kame (grand récipient joufflu dans lequel on met du miel et où on fait le miso et les umeboshi) avec un grand front, un petit nez et des maxillaires prononcés, fut prise pour la réincarnation de cette déesse.
Les Mikko sont les servantes des Kami. Elles sont vêtues d'un kimono blanc et d'un hakama rouge. Leurs cheveux tombent dans le dos et sont attachés par un ruban rouge. Elles remplissent de multiples fonctions: secrétaires, femmes de ménage et dansent pour les Kami. Certaines entrent en transes et sont censées êtres habitées par un Kami, une survivance des cultes chamaniques
Dans la région de Ise et d'Owari on donne ce nom aux femmes travaillant au "Shukuba ryokkan" où les Daimyō et les samuraï passaient une nuit agréable lors d’un voyage.
Les netsuke représentant Okame sont très nombreux et je n'ajouterai rien si j'en illustrais un ici.
Ce gros caractère Kame me renvoie à ce Netsuke (fig.9, 10 & 11) il est intéressant de constater que sous la base de ce netsuke sculpté par Chikuyosai on trouve le prénom de Kame emprunteur d'une somme de 100 ryo. Probablement une femme car le prénom masculin serait Kamezo ou Kamejiro mais je ne vois pas une femme emprunter une telle some dans le Japon de l'époque Edo, alors il s'agit peut être d'un surnom.
" Le soussigné Kamé, déclare avoir emprunté la somme de cent ryô d'or. (Mais en pièces "au caractère bun" '(*).) Le susnommé certifie avoir contracté cet emprunt par nécessité. Il s'engage à restituer 20 ryô au 20 juin prochain. "
(*) A l'ère Genbun (1738), comme les caisses étaient vides, ont été émis des koban dont la teneur en or a été diminuée de 40 %; On les appelait "Genbun koban" ou, comme ils étaient frappé du caractère Bun, (Bunjikin) et une autre dévaluation eut lieu à l'époque Bunsei
Ce Netsuke est très intéressant car c'est la première fois sur des milliers de netsuke que j'ai eu en main que j'en trouve un avec une reconnaissance de dette et j'aimerai bien connaître votre point de vue sur cette reconnaissance de dette. Chikuyosai sculpta cette pièce à l'époque bakumatsu ce qui est loin de Genbun. Il ne pouvait donc pas être le prêteur de "monnaie de singe" à cette "Tortue".
Qui se cache donc derrière " Kame"? qui visiblement est un imbécile puisque le sujet que notre facétieux sculpteur a choisie est cette association: cheval cerf qui se lit "baka" et qualifie quelqu'un de stupide. A moins que ce soit l'œuvre de Chikuyosaï Tomochika qui naquit en 1800 alors qu'à vrai dire cela semble une œuvre très proche de celle que l'on qualifie de Meiji.
I know that I don't know much in spite of fifty years in time-consuming research, but I try to share my knowledge. Many people have looked at prints and books without questioning. For example they did not notice the hand gesture of a Kabuki actor (fig.1) that you find as well in netsuke featuring Okame and which means that a man is not adequate. We can learn a lot from Kabuki and we find hints in Netsuke and Sagemono as well as Ukiyo-e and even in Pochibukuro. These small envelopes used for giving gratuities were so beautiful and artistic that recipients kept them. Artists and woodblock printers worked together to create lovely and original designs which were often humorous, reflecting the spirit of those times. It is a type of visual culture which has a close link with Ukiyo-e and maybe also with Otsu-e folk art paintings dating from the Genroku era of the late 17th century. They might have developed along with the Osame fuda envelopes of ex-voto type as talisman in which people put their names and their prayers when they visited temples or shrines.
Here is one (fig. 2) with a snail whose slime writesふた まる Futa (two), then something which looks like a face and itamaru (いたまる)
This envvelope (fig.3) is dated 12th of April (Uzuki meaning the 4th month and since the month is divided into 10-day periods, he writes that it is the second of the middle one. Then "Sei" that is a term of humility in front of his name Amanaka. There is a red seal which reads Sashi koto (挿し 事)
Here is a pochibukuro for giving gratuities to Kabuki workers (fig.4). It refers to Sukeroku, one of the 18 best plays in which Soga Goro in the Yoshiwara is looking for the murderer of his father. Ume no haru is a song written by Yomo no Makado; the music was composed by Kawaguchi Nao . “Ake garasu” is the abbreviated name for “Ake garasu yume no awa-yuki”, a Kabuki drama played for the first time in 1851. Yasuna refer to Abe Yasuna and Kuzunoa in a Kabuki play; his beloved commited suicide and he became mad and walks about the spring field in his dead lover's kosode (short sleave kimono) in a frenzy and saves a fox chased by hunters. This remind you of a number of netsuke subjects. (Fig.5) such as Asahina Saburo pulling Soga no Goro by the kusazuri of his suite of armor or Kuzunoa (fig.6), a fox holding a brush in his mouth and a baby in his arm.
Fig.7 & 8 these may be envelopes for gratuity to a prostitute at one of the twenty brothels belonging to Edo natives in Ohashi Yanagi-machi, the willow street (Yu- kaku=Brothel). Fig 7 with a bat and willow design plus the name Tanaka on the red part.
The second one with a sliding door on which there is a big kanji,"Kame" and a small one which at first sight reads" Jo" but when you look closely might be "Bun" because of the third stroke and in that case it does not ring a bell and maybe one of my readers might have a clue and I would be glad to hear from you.
If it is the character "Jo" I would say that it was an envelop for the Yoshiwara since Kame jo straight away reminds you of Okame. Okame's name appeared under the Ashikaga because a mikko called Kamejo which had a kame-shaped face (chubby large container in which there is honey and where miso and Umeboshi were made) with a large forehead, a small nose and jaw, was thought to be the reincarnation of the goddess.:
Mikko are the servants of Kami (the gods) They are dressed in a white kimono and a red hakama. Their hair falls in the back and are tied by a red ribbon. They perform multiple functions: secretaries, housemaids and dancers for Kami. Some fall in a trance and are meant to be inhabited by a Kami, a remnant of shaman worship.
In the region of Ise and Owari we give this name of Okame to women working in "Shukuba ryokan" where daimyo and samurai spent a pleasant night on a trip.
Netsuke featuriing Okame are numerous and it should not be necessary to illustrate one. But this big "kame" kanji makes me think of this rare and surprising netske carved by Chikuyosaï.
On the base of this netsuke (fig.9 & 10) there is a shakuyosho on which a "Kame" borrowed the amount of 100 ryo in Bunjikin and attests that he or she will start paying back 20 ryo on June 20th . Since in 1738 the government did not have any more money. New Koban with 40% less gold were minted that was bilking the public. But does this Kame refer to a group of people or to a real person, and in that case it would be a woman since if it was a male surname it should be: Kamezo or Kamejiro ?. But I cannot see a woman in Japan at that time borrowing money. So it could be a Nickname. Quite stupid if we consider the subject of this netsuke of a horse and a deer with this association (uma and shika) meaning baka (silly)
This netsuke is very interesting and I would like to know what you think.
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