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L'art du Maki-e

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Figure 1

Alain Ducros

Alain Ducros Figure 2
Boite en laque du XVII siècle en Keyaki avec des incrustations de nacre de type raden et de plomb.
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Cette expression artistique, spécifique du Japon, est inimitable et inégalée. Les nombreux objets ainsi décorés par les artistes japonais sont des merveilles de l'art et de la technique poussée à la perfection, qui méritent une louange sans réserve, aussi est-il étonnant qu'il y ait si peu de collectionneurs pour s'arracher ses chefs d'œuvres qui témoignent d'une extraordinaire virtuosité.

Voici en quelques mots leur histoire. Que les connaisseurs me pardonnent de vouloir faire tenir en une page ce qui nécessiterait un livre.

L'origine de cet art semble remonter à trois ou quatre siècles avant J.C. (sous le règne de Koan). Les témoins en sont des objets très frustes et sans intérêt artistique. A l'époque Nara, sous l'influence profonde de la Chine, on note un prodigieux développement artistique et l'organisation des professions avec un code publié en 701 qui régissait les divers métiers, dont la corporations des laqueurs (Nuribe no Tankara), et le régime de la propriété de parcelles de terre, sous réserve d'y planter des arbres à laque. C'est le temps de l'application de feuilles de métaux et des incrustations de nacre (raden).

Dans la période suivante, Heian, l'influence chinoise est en régression. On a de beaux exemples de cet art avec, entre autre, la boîte servant à conserver les textes bouddhiques rapportés de Chine par Kukaï faite en 919 et d'autres boîtes à documents qui montrent l'évolution de cet art au cours de la période Fujiwara. Des oiseaux mythiques et d'arabesques, d'enchevêtrement de grappes de raisins, le décor progresse vers à un aspect purement Japonais, plus simple, comme la célèbre boîte aux décors de roues reposants dans la rivière où un subtil effet de nuances suggère l'eau courante et l'habile distribution de nacre donne un très bel effet décoratif.

A l'époque Kamakura on trouve un reflet de l'esprit militaire avec une raideur, un aspect tranchant qui a remplacé la douceur des contours des lignes on note un réalisme prononcé qui donne une impression de force plutôt que d'élégance. La technique du takamakie se développe et donne de la force dans l'expression; de nouvelles variétés de poudres apparaissent ainsi que le kirikane (petits carrés découpés dans la feuille d'or).

A l'époque Muromachi, sous Ashikaga Yoshimasa, l'art prend en compte des éléments de culture liés au Bouddhisme Zen. Les principaux laqueurs sont les Koami et les Igarashi. C'est l'époque d'importation massive de Chine de laques rouges sculptées, et l'exportation de Makie. Les objets rehaussés de nacre tombent en désuétude. On voit apparaître des personnages dans la décoration jusqu'alors formée de papillons, de fleurs et d'oiseaux.

A l'époque Momoyama les laques acquièrent une nouvelle élégance. Les motifs de chrysanthèmes, de paulownias, d'herbes, de bambous et de pins sont largement répandus (fig.1).

Avec l'avènement des Tokugawa apparaît une liberté de formes et des décors bien appropriés à la forme de l'objet. Honami Koetsu (1558-1637), né dans une famille de fabricants de sabre, est le plus illustre artiste de cet époque ainsi que son arrière petit neveu Korin. Potier, calligraphe et laqueur accompli, il introduisit les incrustations de plomb et d'étain pour donner des notes sourdes dans ses laques. Son style sera à la source de l'école Rinpa (voir l'article sur Korin). Il travailla à Kyoto alors que se créait à Edo (Tokyo) un nouveau centre artistique imprégné de réalisme mais d'un goût un peu "parvenu".

Ceci n'est qu'une très brève et fort incomplète histoire des laques du Japon destinée à éveiller l'intérêt du néophyte francophone car il y a une multitude d'information en langue anglaise ou en Japonais. Nous étudierons plus tard quelques artistes de l'époque Edo et j'essaierai de vous donner quelques informations ne figurant pas dans les livres que j'ai écrit concernant ce que je considère comme le fleuron de l'Art Japonais. En espérant pouvoir créer un renouveau d'intérêt pour cet art qui fut irrémédiablement aboli par l'industrialisation.

Je me propose d'écrire sur ce site des articles en français pour ceux qui font leurs premier pas dans ce domaine et qui peuvent me contacter par e-mail et des articles de fond en Japonais et en Anglais dans l'espoir d'apprendre quelques petites choses aux amateurs en mettant à leur disposition 50 ans d'observations et d'étude de cet art qui fut la passion de ma vie. J'ai pu constater que perdurait depuis plus de cent ans un certain nombre d'erreurs, mais qu'il n'y avait aucune volonté de voir changer les choses.

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