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Les laques de Chine - English version

Alain Ducros Alain Ducros Alain Ducros Alain Ducros Alain Ducros Alain Ducros
Figure 1
Laque de Coromandel
Figure 2
Laque de Pékin
Figure 3
Laque gravé
Figure 4
Laque burgauté
Figure 5
Laque burgauté
Figure 6
Laque de Canton
Alain Ducros Alain Ducros Alain Ducros Alain Ducros
Figure 7
Laque polychrome Shanxi
Figure 8
Laque polychrome Shanxi
  Alain Ducros Alain Ducros Alain Ducros

Il m’a été reproché de parler de l’influence  des laques chinois  sur cet art au Japon sans précision et description des techniques chinoises dont elles sont issues. De ce fait je vais combler cette lacune et brièvement parler des divers types de laques. Tout d’abord une précision suite à une question. On parle d’un laque au masculin lorsque l’on désigne un objet en laque sans précision où parce que l’on n’en connaît pas le nom.

Les Laques dit de Coromandel :
Ce terme fort usité est impropre puisque le centre de cette fabrication était dans la province du Ho Nan au sud ouest de Pékin. L’erreur vient de ce que ces productions étaient acheminées par caravanes jusqu’aux ports, d’où des jonques par cabotage en longeant les côtes les amenaient jusqu’aux ports des Indes les plus proches sur la côte de Coromandel: Pondichery pour la France et Bantan pour l’Angleterre, où ils étaient mis en caisse par la compagnie des Indes avec le nom du port  d’embarquement et de la côte.

C’est sous le reigne de Kang hi (1662-1732) que cette technique se répand en Chine. En voici les étapes de fabrication : Sur le bois, (des planches de pin chevillées pour les paravents,) préalablement dégrossi on appliquait une couche de colle pour imperméabiliser le bois en fixant les fibres et obturant les canaux. On appliquait ensuite un enduit plâtreux avec de la toile de lin et après séchage on passait encore le même enduit, assez épais pour être gravé en profondeur, puis laqué. Un dessin était effectué et l’on creusait jusqu’à la toile (2mm) presque jusqu’au niveau du bois, entre les traits du dessin afin que ceux ci se trouvent en relief.

 C’est une laque plutôt fragile qui se fendille facilement et devient vulnérable aux variations de température puis se désagrège. On peut le constater sur le très beau panneau de paravent Quianlong (fig 1)

Les enduits anciens sont toujours gris sous la laque car fait avec de l’ardoise pilée et de la colle mais aussi parfois avec une argile crayeuse ce qui les rend plus clairs. Les modernes sont blancs car la base est de craie. La laque noire avec le temps devient brune ou sépia. Il y a une quantité de faux datant du début du XXe siècle. Les paravents ont souvent pour décor des scènes de la vie quotidienne (sans femme pour les plus anciens) ou historique sur une face et sur l’autre des fleurs, des animaux ou du mobilier entourés d’une frise à décor d’objets divers et symboles de lettrés. Ces paravents ont souvent été découpés et dédoublés pour la fabrication de tables basses.

La table basse chinoise est un mythe sauf en bois naturel à la fin du XIXe siècle, celles vendues comme telles avec un piétement ancien furent des tables hautes aux pieds coupés.

Les laques de Pékin :
Le bois était recouvert d’une couche faite d’un mélange de lin et de papier avec une pâte de laque et de riz. Poli et entoilé on passait plusieurs couches alternées de laque noire ou rouge teintée au cinabre, parfois de couleurs différentes avec du jaune pour réchauffer les tons par superposition de couleurs. Chacune des couches était polie après séchage, autrefois une trentaine de couches maintenant une dizaine. Sculptées en profondeur avec une gouge en forme de V .Ce qui donna la laque “Guri”  au Japon. Sous les Ming la couleur est plus riche qu’au XVIIIe siècle.

Il faut se méfier des contrefaçons actuelles comme celle de la fig.2 dont certaines sont moulées. Pour les reconnaître un examen attentif à la loupe révélera les traces d’outils bien qu’un moulage astucieux d’une pièce ancienne reproduise ces mêmes traces mais les arêtes vives dénotent le moulage et le contact de la flamme les fait fondre. Ce type de laque a inspiré les artisans de Ryükyü qui l’ont adapté pour créer le tsuikin une technique unique.

Les laques gravés :
Elles datent de l’époque Song mais furent exportées au XVe siècle sous les Ming. La technique consiste sur un fond enduit classique entoilé de lin ou de coton enduit de plusieurs couches de laque à faire un dessin et l’inciser avec une fine pointe d’acier puis à  remplir  la gravure de poudre d’or. Le trait précis et fin jusqu’au XVIIe siècle s’épaissit ensuite et le décor s’alourdit. Ce qui donne une surface brillante et dure avec de beaux décors noir et or (fig.3) et parfois rouge . On a plaqué en deux ou trois parties des façades de meubles. On reconnaît ces truquages en examinant le laque à contre jour pour éliminer les reflets afin de distinguer les parties anciennes possédant des craquelures d’avec les parties refaites qui sont plus lisses et planes avec de fausses craquelures qu’un peu de pratique fera découvrir.

Les laques burgautés
Ce terme vient de burgau un coquillage dont la nacre coupée en petits morceaux par des artistes entrainés était disposée avec précision sur une laque humide pour former un paysage ou un simple motif décoratif. Puis enfin recouvert de laque transparente qui, une fois séchée, était polie jusqu'à ce que toutes les incrustations du décor réapparaissent. Ces petits bouts de nacre étaient parfois teintés sur la face inférieure. Ces fragments de nacre particulièrement luminescents ont des reflets chatoyants qui varient selon l’éclairage. Nous en avons un exemple du XVIe siècle sur la fig.4 et sur la fig.5 on voit une restauration japonaise d’époque Edo et la façon dont les deux laques ont évoluée au cours des ans. La japonaise a tournée à l’ocre brun alors que la chinoise est restée noire mais s’écaille.

Les laques de Canton :
Canton est cité en 1365 par un voyageur arabe, ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’on les vit apparaître en Europe sous la forme de laque d’or peinte au pinceau avec de la poudre d’or liée dans un vernis incolore comme sur ce panneau circa 1800 (fig. 6) ou avec un décor en relief qui consiste à épaissir les motifs par des couches de résine avant de le dorer. Parfois souligné de noir. Canton travailla beaucoup pour l’exportation combinant l’art asiatique et les formes occidentales. Le model le plus répandu étant la table à couture décorée de pagodes dans les arbres et collines rocheuses : Les laques dit de Canton furent très à la mode sous Napoléon III les anglais s’en inspirèrent (Japaning) en y incrustant de la nacre. L’artiste peignait avec un pinceau qui se terminait avec un seul poil. On voit des éventails avec des têtes de personnages en ivoire.

La laque polychrome dite de Shanxi :
La laque polychrome est en fait une peinture occidentalisée, celle de Shanxi dans lequel domine le rose, vert, rouge, avec un peu de jaune. Les motifs reçus en Europe montrent des oiseaux sur des branchages fleuris comme sur celui circa 1800 illustré fig. 7 ou des scènes de personnages dans un décor champêtre où le bleu domine sur les portes de coffres de mariages en pin mince recouvert de papier (fig. 8). Les décors étaient peints au pinceau avec une laque mélangée aux pigments.

Un laque chinois n’est jamais brillant comme le japonais, il peut se cirer mais pas le japonais. Il peut aussi être restauré mais il ne faut jamais tenter de restaurer un laque japonais.

Chinese lacquers
I was criticized for talking about the influence of Chinese lacquer art in Japan without any description of the Chinese versions. Therefore I will fill this gap and briefly mention the various types of lacquer.

Coromandel lacquer: (fig.1)
That is not the proper word since they were made southwest of Peking but since at this time the cases were stamped with the name of the port they received their name from the Indian Coromandel coast from where they were transshipped to Europe in the late 17th century by the East India company.
It is under the reign of Kang hi (1662-1732) that this technique spread in China. On panel of soft pinewood was applied a layer of glue to fix the fiber and obliterate the wood canals. Then linen was glued and coated with a chalky paste.
Then it was painted with a dark brown lacquer and a design was made and incised nearly to the wood.

This lacquer is quite fragile and cracks easily; it is very vulnerable to temperature variation and desagrats (disintegration). The old coatings are grey since slate was used and the new ones are chalky white. There are numerous fakes made around 1900. The screen often shows a landscape or a scene or daily life one but without any women in the oldest ones; and framing the scène, flowers or ceremonials vessels and symbols of the scholar. These screens often have been cut up to make panels for cabinet furniture for low tables those tables are sometimes tables whose legs were cut.

Carved lacquer: (fig.2)
A wooden core was covered with a foundation of paste made of linen and paper plus rice and raw lacquer, then it was covered with a hemp cloth. Many successive layersof lacquer, black alternating with red (cinnabar) and yellow, and polished, then graceful curves were carved with a V shape knife. This produced the so-called Guri lacquer. The Ming show a deeper and richer color than the 18th century one.
Be careful, there are many molded imitations but they melt under a flame.
This technique inspired the tsuikin technique unique toRyukyu.

Incised lacquer: (fig.3)
Dates from the Sung period(960-1279)and was exported to Kyushu in the 15th century and resulted inChinkinbori. On a black lacquered object an incised design was made with a sharp steel point and filled with gold, the lines were fine up to the 17th century, later on they got thicker and heavier. That gave a beautiful black and gold design on a shiny hard surface.

Lacquer with mother of pearl inlays:
Conchshells  were cut into pieces by trained artisans and precisely embedded into a wet lacquer to get a decorative or landscape design. Then covered with transparent lacquer, and finally after the lacquer dried up it was polished until the decorative inlays were revealed These tiny bits of mother of pearl were sometimes colored on the undersideand these highly luminous shellfragments have shimmering reflections according to the lighting. In Fig.4 you have a 16th century example and in Fig.5 you can see a Japanese Edo period restoration, you can see how the two types of lacquer evolved over the years. The Japanese black lacquer turns to ocher while the Chinese is still black but had been flaking off for years.

Incised lacquer:
Dates from the song period and was exported to Kyushu in the 15th century and gave the Chinkinbori. On a black lacquered object an incised design was done with a sharp steel point and filled with gold, the lines were fine up to the 17th century, latter on it gets thicker and heavy. That gives a beautiful black and gold design on a shiny hard surface.

Canton lacquer: (fig.6)
It is a painted black and gold export lacquer combining oriental art and western forms, the most common being the sewing tables decorated with intricate gold designs, often pagodas among rocky cliffs and trees which inspired western copies known as japanning. Several coats of varnish were applied and each one was heat dried and polished.

Polychrome Shanxi lacquer: (fig.7 et 8)
It is a westernized paint lacquer; the designs of those received in Europe show birds on flowering branches or scenes of characters in a country setting where blue dominates on the doors of these wedding coffers which are in pine covered with thin paper. The designs were painted by mixing pigments with lacquer.

A Chinese lacquer is never as brilliant as a Japanese lacquer; it can be polished but one should never apply wax on a Japanese lacquer. It can also be restored but you should never try to restore a Japanese lacquer.

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